Agenda / Théâtre
Un Macbeth Guyanais
[ par zebulette ]
« MACBETH » est une pièce sur le pouvoir. C’est l’ambition, la quête du pouvoir qui motive les personnages. Nous [...]
« MACBETH » est une pièce sur le pouvoir. C’est l’ambition, la quête du pouvoir qui motive les personnages. Nous sommes partis de l’idée que ce désir de pouvoir existait chez l’homme depuis la nuit des temps, que c’était un état de fait naturel. Naturel, le grand mot est lâché. Qu’est-ce que la nature ? « La nature est une vaste usine à merde qui a érigé le meurtre en principe vital. Pour résumer crument : on tue, on bouffe, on chie, on recycle. » La lutte pour le pouvoir existe même dans le règne végétal. Dans notre forêt amazonienne, quand un grand arbre meurt, des dizaines de pousses s’élèvent vers la lumière pour prendre la place. Après quelques années de lutte il n’y a qu’un vainqueur qui étouffe les autres. C’est la nature.
Et Macbeth dans tout ça ? Macbeth est comme le lion, après le combat, qui doit tuer les lionceaux du vaincu pour que les femelles puissent engendrer sa progéniture. On lui a prédit qu’il serait roi : il est roi. Mais on a prédit que Banquo engendrerait des rois et pas lui. Alors il tue, il devient un tyran. Et le couple fusionnel qu’il formait avec Lady Macbeth se délite au fil des actes : elle finit par mourir dans l’indifférence de son mari, Macbeth n’aura pas d’héritier.
Et Shakespeare ? Shakespeare est contre nature puisque son travail est du domaine de l’art. Une oeuvre d’art est faite pour durer, elle n’entre pas dans le cycle vital où on meurt pour être recyclé ; ou bien, comme notre théâtre, une oeuvre d’art est un présent éphémère, des images, des sons, une illusion. Shakespeare fait dire à Macbeth : « La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur, qui se pavane et se démène son heure durant sur la scène, et puis qu?on n’entend plus. C’est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »
De quelle vie parle-t-il ? De la vie « naturelle » ou de la vie sur une scène ?
Notre travail pour cette mise en scène a donc consisté à créer un monde imaginaire à la fois futuriste et très proche d?une société dite primitive ou tribale, bien plus inspiré par les civilisations précolombiennes ou les traditions sud-américaines que par la barbarie du Moyen-Age occidental.
Un monde éphémère, quelques instants d’illusions dans une vie : du théâtre?
Jacques Sabatier MAYOURI THEATRE
www.mayouritheatre.com
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